La Femme d’Aujourd’hui – Janvier 1941

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Un article aujourd’hui pour vous présenter l’une de mes dernières acquisitions, ou devrais-je dire plutôt trouvaille. Si vous suivez l’instagram vous avez dû remarquer que ces dernières semaines fut riches en chine en tous genre. L’une des premières est un magazine récupéré dans un état assez lamentable, je dois le dire. J’ai désormais pour habitude, afin de les protéger d’une utilisation future, de les recouvrir comme nous le ferions pour des livres scolaires.

Et aujourd’hui, c’est un petit voyage dans les premières années de la seconde guerre, que je vous invite.

Femme d’Aujourd’hui – Année 1941

La femme d'Aujourd'hui - 1941 001
Femmes d’Aujourd’hui – Nouvelle édition

« Femme d’Aujourd’hui » est un magazine belge francophone édité pour la première fois en 1933. Il est l’un des plus vieux magazines encore édité dans son pays et développait alors l’univers de la femme. A savoir : Mode, Santé, Enfants, Beauté, Maison, Cuisine et Loisir.

Celui-ci ne déroge pas à la règle puisqu’il nous promet les toutes dernières tendances en matière de mode (confection et accessoire), mais aussi l’économie en temps de guerre que ce soit en beauté ou encore en cuisine. Egalement quelques notions de Savoir-vivre et le traditionnel roman.

Nous ne ferons bien sûre par de folies cette année puisque la carte de vêtement viendra bientôt mettre à frein à notre goût des toilettes neuves. […] Que nous allons être ingénieuse, que nous allons être femmes !

Extrait de la page sur l’économie dans l’Habillement

Concernant la mode du début de cette nouvelle décennie, on peut déjà noter tout ce qui fera les années 40. Des épaules épaulées, une longueur genoux, des tailleurs structurés et un travail du plissé et des découpes assez incroyable ! Ici, les couleurs ne sont pas criardes et les tons restent neutres. On trouve des gris, des marrons, des bleues principalement marines et quelques rouges. Le goût des motifs va principalement pour les rayures horizontales comme verticales, les rayures et les pois (voir page ci-contre).

Double page De gauche à droite : Deux-pièces en tissu fantaisie, Robe en soierie à pastille, Ensemble en flanelle souple, Robe chemisier en grosse toile de soie grise quadrillée de fines lignes rouges, Robe de printemps, tailleurs fantaisie avec jaquette quadrillée, Ensemble coquet en tissu à fines rayures et robe en tissu de soie
De gauche à droite :
Deux-pièces en tissu fantaisie, Robe en soierie à pastille, Ensemble en flanelle souple, Robe chemisier en grosse toile de soie grise quadrillée de fines lignes rouges, Robe de printemps, tailleurs fantaisie avec jaquette quadrillée, Ensemble coquet en tissu à fines rayures et robe en tissu de soie
On vous conseille aussi sur le type de modèle selon votre morphologie.
On vous conseille aussi sur le type de modèle selon votre morphologie.

06 002Concernant les manteaux d’hivers, on retrouve principalement des boutonnages à croisures avec une taille maintenue par une ceinture. Deux grands types de poche sorte du lot, plaqués ou paysanne.

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Page de gauche : Déclinaison des différents ensembles Page de droite : Les derniers modèle de chapeaux
Page de gauche : Déclinaison des différents ensembles
Page de droite : Les derniers modèle de chapeaux
Déclinaison des derniers modèles de lingerie

Le numéro se termine avec les dernières tendances en matière de lingerie. On y retrouve des découpes soulignant le buste et la poitrine ainsi que la traditionnelle dentelle sur poitrine et bas de chemise de nuit.

Aux jeunes filles, nous conseillerons avant tout le naturel. Remarquez combien facilement, quand elles possèdent le naturel, elles arrivent, inconsciemment, à réaliser leur type. […] Etre elles-mêmes leur suffit et réussir en ce qu’elles ont entrepris : métier, art, études. […] Etre soi-même donc, est la première condition.

Extrait de « Votre Beauté, Mesdames », paragraphe « Plaire est un art »

[1916/1917] Projet Grande Guerre – Patron

Carte postale "Là-bas sur le front,

Recherche

Suite à la recherche d’inspiration, j’ai choisi de faire une jupe à la coupe plus 1917 à la ligne plus droite et éloigné des « crinolines de guerre ». Elle sera donc plus droite avec quelques godets, à taille haute avec bien entendu deux poches fantaisies.

C’est alors posé la question du patron. Moulage ou simple patron à suivre ? Le moulage aurait été une bonne idée, plus longue certes, et il aurait permis de m’exercer un peu. Cependant, j’avais depuis quelque temps l’envie de m’essayer à la coupe la plus immersive. Celle de reprendre un patron d’après les grandes planches des magazines type « Mode Illustrée« , pour ne citer que ce périodique. Travailler sur du patron d’époque incombe une maîtrise de l’art de la coupe, mais aussi de la connaissance de sa propre morphologie. Rien n’est plus difficile que d’adapter un patron fait pour une morphologie en particulier (ici 1916/1917) à celle contemporaine. Je me suis donc orientée vers les planches de De Gracieuse, désormais assez connu par la grande base de données que les Pays Bas propose.

Il me fallait donc trouver le modèle afin de pouvoir extraire le patron. J’en ai ressorti plusieurs dans les formes et coupes que je souhaitais, avant de faire mon choix. Bien que je pense que certaines seront quand même réalisé un jour.

Page sur les jupes et les dessous de corsages - Décembre 1916 - Même source (voir plus haut)
Page sur les jupes et les dessous de corsages – Décembre 1916 – Même source (voir plus haut)
Double page de jupe - Janvier 1917 - De Gracieuse
Double page de jupe – Janvier 1917 – De Gracieuse – Source

Agrandissement

Une fois le modèle choisi, vient l’heure de l’étude de la fameuse planche. Contrairement à ce que l’on peut penser, c’est relativement simple mais long. Tout est indiqué sur la feuille et un peu de déduction vous aidera. Etant frontalière française avec la Belgique, j’ai appris dès petite le néerlandais (un peu rouillé avec le temps), ce qui je l’avoue m’a quelque peu aidée. J’ai donc jeté mon dévolu sur la jupe centrale de la page « 1916 ». Pour agrandir, il faut deux indications majeures. Le numéro des pièces et le petit schéma de l’ensemble des pièces (présent sur la planche), histoire de ne pas vous trompez. Ici, on peut voir que les pièces de la jupe sont numérotées de 17 à 28 (Supplem : fig 17 – 28). Attention cependant lors de la recherche des pièces dans la planche, toutes les pièces n’y sont pas forcément. Comme on peut voir sur le petit schéma, le grand panneau possède des mesures données, ce qui indique qu’il n’est pas présent dans la planche.

Légende sous le modèle avec son numéro et les numéros des pièces  et Visualisations des pièces
Légende sous le modèle avec son numéro et les numéros des pièces et Visualisations des pièces
Modèle choisi
Modèle choisi. On peut noter ces petites poches fantaisies en demi-cercle

Pour reporter les pièces sur la planche, je vous conseille de prendre un calque par dessus votre planche. Ainsi cela évite que votre planche devienne très vite sale et évitera également que vos traits soit mélangeais. Une fois les pièces toutes décalqués, je les aient ensuite décalqués sur une feuille A4 avec chacune leur numéro et le nom de la pièce. Puis ensuite agrandi par homothétie sur feuilles A2 avec la mesure de mon tour de taille corseté.

Après avoir décalqué toutes les pièces (dont le cache-corset), numéroté et annoté
Après avoir décalqué toutes les pièces (dont le cache-corset), numéroté et annoté
Vu avec la pochette de patron (Mise en page D&M)
Vu avec la pochette de patron (Mise en page D&M)

Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir pris quelques photos durant le travail sur les patrons. J’espère que celui ci restera assez clair.

Inspiration 1916/1917 – Skirt

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Avant de reprendre le projet « Grande Guerre » qui était en pause depuis deux ans maintenant, j’ai souhaité faire une petite recherche des grandes lignes de l’époque et plus particulièrement sur les jupes. Durant ces recherches, je suis tombé en amour devant cette période pourtant troublée, mais combien élégante. On note une certaine d’extravagance dans les formes de jupes. Certaines sont drapées, d’autres froncées autour de la taille puis ceinturées 10cm plus bas ou encore à godets gracieux.

On note ainsi plusieurs points :

  • Longueur de jupe cheville ou mi-mollet pour certaines
  • Taille à son emplacement ou légèrement plus haute
  • Poche fantaisie
  • Pour les modèles d’Hiver, ourlet de fourrure

Souhaitant principalement un modèle d’Hiver, j’ai orienté mes recherches sur une période de 3/4 mois, entre Novembre 1916 et Février 1917.

Inspiration – Forme générale

Tailleurs en gabardine et Tailleur en drap léger - Le Cachet de Paris, Journal de Mode Professionnelle - Gallica
Tailleurs en gabardine et Tailleur en drap léger – Le Cachet de Paris, Journal de Mode Professionnelle – Gallica – 1916
Catalogue de Vente - 1916 - Perry Dame & Co New York City
Catalogue de Vente – 1916 – Perry Dame & Co New York City
Catalogue de vente 1917 - Bellas Hess & Co - Mise à disposition par American Duchess
Catalogue de vente 1917 – Bellas Hess & Co – Mise à disposition par American Duchess
Jupe - 1916 - MET
Jupe – 1916 – MET
Trois tailleurs - Bibliothèque des Arts Décoratifs - Paris
Trois tailleurs – Bibliothèque des Arts Décoratifs – Paris

Inspiration – Détail

Détail des tailles de jupes possible. La femme Chic 1916/1917 - Collection personnelle
Détail des tailles de jupes possible. La femme Chic 1916/1917 – Collection personnelle

 

Pour en voir plus > Board 1914/1919

Schiaparelli, robe du Soir, 1938

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Avant-dernier article avant de conclure l’étude des pièces vues pendant mon stage de trois semaines au Art Décoratifs de Paris. Avec aujourd’hui la non moins emblématique : Elsa Schiaparelli

Elsa Schiaparelli, extravagante de la mode

Elsa Schiaparelli en 1935 Crédit photographique : Peter North
Elsa Schiaparelli en 1935
Crédit photographique : Peter North

Elsa Schiapparelli fait partie de ces grands créateurs des années 30 qui ont marqué leurs temps, à l’instar de Madeleine Vionnet. Principalement connu par les néophytes pour ces chapeaux Chaussures, on lui doit également nombre de créations toutes plus originales que les une que les autres. Bien qu’elle ouvre sa maison en 1927, pour du vêtement principalement sportif, le succès arrive vraiment quelque temps plus tard en 1929 avec des créations aux motifs géométriques et aux matériaux innovants. Mais c’est surtout avec les surréalistes et les artisans d’art qu’Elsa Schiaparelli aura ses lettres de noblesse. On y voit des colliers en porcelaines créés par Elsa Triolet, ou encore un plissé peint en trompe l’œil sur une robe du soir peint par Jean Dunand. Elle s’entoure alors des meilleurs artistes de son temps, comme Pérugia ou Roger Vivier pour les chaussures, Lina Baretti pour les bijoux.

Son travail devient alors tant apprécié, qu’Elsa Schiaparelli habille les plus grand(e)s de son époque. Wallis Simpson, Dietrich, Lauren Bacall, pour ne citer qu’elles. Les années trente deviennent alors les années Schiaparelli où les modèles et les collaborations les plus célèbres de la créatrice naissent. On retrouve la robe imprimée Homard, les chapeaux chaussures, les gants à ongles rouges, ou encore des bottines frangées de longs poils. En 1937, le lancement de son parfum « Shoking » amène la création d’une nouvelle couleur le Rose Shoking

L’arrivé de la Seconde Guerre Mondiale bouscule la maison Schiaparelli, et de par ses origines italienne, Elsa Schiaparelli quitte l’Europe pour New York. Elle confit la direction de la maison de son bras droit de 1941 à 1945. A son retour à la fin de la guerre, Elsa continue la création pendant une dizaine d’années, mais perçoit très vite le changement de la Haute-Couture. Elle ferme sa maison en 1954 et meurt en 1973.

Robe du Soir, 1938

Fiche technique

Robe du soir en crêpe de soie, broderie et décoration florale en plastique

Griffé dans le bas de la couture côté « Schiaparelli – Paris »

Origine : France

Date : 1938

Analyse

Créée en 1938 par la maison Schiaparelli, elle remplie tous les critères d’une robe année 30. La ligne près du corps et les légers godets formés par une coupe en biais marquent principalement la décennie. Cependant, on peut déjà noter les premières notes d’une forme années 40 par des épaules plutôt épaulé à l’aide de plis et surement de renfort d’épaule (bien que je n’aie pas eu le loisir d’étudier particulièrement cette robe) mais aussi d’une découpe poitrine soulignant une poitrine ronde et petite. On peut également noter le moyen de fermeture présent sur cette robe, qui est une fermeture à glissière plastique de la même couleur que la robe. Cependant, celle-ci n’est pas invisible et est montée comme une classique. Il ne faut pas oublier que les fermetures invisibles ne sont pas encore très présentes à cette époque.

Le décolleté, très haut, est ornementé d’une guirlande de fleurs en plastiques, qui donne à la robe un poids assez conséquent. Original, mais plutôt classique, quand on connaît le style plutôt extravagant de la créatrice. Elle est également agrémentée de petites broderies dites « peinture à l’aiguille » sur l’ensemble de la robe.

Détail encolure et broderie
Détail encolure et broderie

La robe ne possède pas de doublure et est monté principalement en couture rabattue à la main. Toutes les finitions sont des petits ourlets de 5mn fixé à la main par un point glissé, même l’ourlet final du bas de la robe (pour une longueur totale de 147,3cm). La griffe « Schiaparelli » est cousue dans une couture côté, aux niveaux des jambes. On remarque le soin et la délicatesse apportés au montage de la robe. Petite originalité de la robe, et peut être également des robes des années 30, elle possède un petit passant sur les emmanchures. Ce petit passant de la même couleur et matière que la robe, est fixée à la main et permet le passage de la bretelle de soutien-gorge. Ainsi bloquée, la bretelle ne peut plus tomber de l’épaule et reste invisible.

Conclusion

Elsa Schiaparelli aura réussi en peu de temps à laisser une marque indélébile sur la mode. Cette femme aura « désacralisé » la mode en la rendant plus extravagante avec un grain de folie unique.

La maison a aujourd’hui ré-ouvert en 2012, et offre désormais deux collections par an avec toujours ce grain de folie cher à Elsa Schiaparelli.

Photo taille réelle

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Robe du soir, Schiaparelli, 1938 Conservé au Arts Décoratifs – Paris Conservé au MET – New York

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Crédit photographique : Musée du Metropolitan Museum of Art

Pour découvrir Elsa Schiaparelli

La Maison

Shocking Life: Die Autobiografie der Elsa Schiaparelli (ici en Allemand)

Interview  » Elsa Schiaparelli, on – What’s My Line »

 

Crinoline ronde 1859

En ce 14 juillet, fête nationale française, il est temps de dévoiler un peu plus la crinoline cage. Je l’ai réalisé pendant mes trois semaines de stages (dont je déplore une durée très courte) à quatre mains dans le but de pouvoir étudier les structures cages. Je me suis donc appuyé sur les archives du musée des Arts Décoratifs de Paris et leur incroyable bibliothèque en complément.

Après avoir épluché nombre de Mode Illustrée, de Moniteur de la mode, lu des critiques satiriques sur l’objet en question, j’ai pu entamer la réalisation. Contrairement à ce qui était fait à l’époque, celle-ci n’est pas en acier, mais en plastique. En effet, cette cage ne sera utilisée qu’à des fins muséales et n’aura pas à supporter des mouvements importants, justes le poids d’une robe sur mannequin. Nous nous sommes basées sur une crinoline cage et ses explications dans le « Mode Illustrée » daté 1859, à 30 cerceaux. Pour aller plus vite nous avons fait le choix de 6 cerceaux tout en respectant une harmonie de la forme. Il ne faut pas oublier qu’elle doit être ronde et non elliptique.

Maintenant, place aux photos !

Détail sur la fixation des cerceaux
Détail sur la fixation des cerceaux

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Crinoline cage 1850/1860

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La crinoline est surement l’une des structures les plus emblématiques de l’histoire du costume et de la mode. Resté dans l’imaginaire collectif comme une pièce donnant à la femme un air de princesse (merci Disney) et de majesté, elle est aujourd’hui l’une des parties de costumes les plus reconstitués.

La crinoline, amoureux et détracteur

Du crin à l’acier

De gauche à droite :
De gauche à droite : « La Belle Assemblée » 1834, « Le Moniteur de la Mode » 1854, « Les modes Parisiennes » 1860 et « Le petit courrier des Dames » 1864/1865

Le changement de politique en France, amène un renouveau du luxe et une forte inspiration du XVIIIe. Cette nouvelle volonté d’ostentation se développe principalement dans le volume des jupes croissant et à une accumulation de garniture.

Les premières crinolines (vers 1830) sont alors faites dans une étoffe de lin rigide dont la trame intègre du crin de cheval, d’où le terme crinoline. Ils ne sont alors que des jupons et la mode faisant, ceux-ci sont superposés. Il n’est alors pas rare de voir certains jupons renforcés sur 30 à 50cm de crin afin de donner un rond plus important. Le poids des robes devient alors problématique jusqu’en 1850, où plusieurs fabricants imaginent, afin d’alléger,  une structure faite de cerceaux de métal ou de baleine. Ces « crinolines cages » permettent alors des volumes beaucoup plus importants sans alourdir.

Patent number 31876 Improvement in Hoop Skirts T.B. De Forest
Patent number 31876
Improvement in Hoop Skirts
T.B. De Forest
Deux crinoline cages
Deux crinoline cages. de gauche à droite : Crinoline cage daté 1860 conservé au McCord Museum et crinoline cage daté 1855/1860 conservé au MET

Cette crinoline cage devient alors ronde, aux débuts de la décennie 1850. Sur toute la décennie, la crinoline projette doucement son volume à l’arrière jusqu’à atteindre vers 1865/1866, un volume maximal.  A partir de cette date, la crinoline décroit tout en basculant complètement son volume à l’arrière. Elle devient alors une « crinolinette » jusqu’en 1873 environs puis disparais totalement au profit de la tournure.

Crinolinette daté 1872/1875. Conservé au LACMA
Crinolinette daté 1872/1875. Conservé au LACMA

Vu par la presse et la société (iconographie)

"La ville de Paris" conservé à la bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris
« La ville de Paris voulant englober la banlieu » conservé à la bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris
Décadence de la crinoline par Anonyme
Décadence de la crinoline par Anonyme
Deux caricatures
Deux caricatures anglaises

 

Pour en savoir plus

La mécanique des dessous, Denis Bruna. Edité par « Les Arts Décoratifs »

Sous l’empire des crinolines, Catherine Join-Diéterle. Edité par « Le Palais Galliera »

La mode du XIXe en Images, Guénolée Milleret. Edition EYROLLES

Board pinterest « Impériale Crinolines »

Robe à la Française, XVIIIe

On poursuit l’exploration des pièces étudiées avec aujourd’hui une Robe à la Française de la seconde moitié du XVIIIe sous le règne de Louis XV. Je me suis peu attardée sur celle-ci, ayant une préférence pour le XIXe, mais ce type de robe m’intrigue depuis assez longtemps pour ne pas avoir balayé l’analyse.

Comme pour l’article précédant, je ne posterai pas de photos réalisées durant l’étude pour le respect des conservateurs, restaurateurs et de leurs méthodes de conservations.

Les particularités d’une Robe à la Française

Détail du corsage
Détail du corsage

La Robe à la Française est sûrement la pièce de costume la plus célèbre du XVIIIe et est reconnaissable entre milles. Descendante de la robe Volante, elle connut un succès phénoménal sous le règne de Louis XV et perdura de façon plus discrète jusque sous le règne de Louis XVI (où elles n’étaient principalement utilisées qu’à la cours). Cette même robe à la Française née sous la Régence reprend quelques caractéristiques de la robe Volante/Battante, dont l’utilisation des paniers, mais surtout le fameux pli « Watteau » et les manches dites « Pagode » (présente sur les premières robes à la Française). La seconde particularité de la robe à la Française est son ajustement sur le devant du buste et le dos relativement lâche, ce qui en fait une robe plutôt agréable à porter.

Robe à la Française

Robe à la Française, musée Les Arts Décoratifs- Paris
Robe à la Française, musée Les Arts Décoratifs- Paris

Fiche technique

Robe en deux parties, composé d’une jupe et d’un manteau de robe.

Origine : France

Date : 1760

Mensuration inconnu

Analyse

Cette robe à la Française datant du règne de Louis XV est constituée de deux parties, un manteau de robe et une jupe. Celle-ci est réalisée en soie façonnée vert et aux engageantes de dentelles. Le manteau de robe possède, comme cela se faisait souvent, une doublure partielle principalement sur le corsage et les manches. Elle est fixée à petits points discrets par des fils de même couleur. On note également la présence de dessous-de-bras permettant la protection de la soie et évitant ainsi que la transpiration ne l’abîme. Le manteau de robe est fermé au milieu devant par une bande d’agrafes espacé chacun de 1cm et des petits liens réalisés dans un coton vert cousu au niveau de la taille permettent une fermeture optimale.

Le bas du manteau de robe est couvert sur une hauteur de 30 cm, du crin afin de donner le tombé nécessaire. Une deuxième couche est juxtaposée afin d’accentuer la raideur. En plus de la doublure du corsage et du crin, on note une parementure d’environs 20 cm sur l’ouverture milieu devant sur toute la longueur en taffetas de soie où on y voit les points de fixations des décorations. Au dos, le pli « Watteau » est maintenu par de tous petits points à l’intérieur.

Sans titre

Avec la robe ouverte ainsi, on peut également avoir une idée de la véritable couleur du tissu avant qu’il perde sa teinte avec le temps (et le soleil). On y voit ainsi un très beau vert émeraude aux motifs floraux chers au XVIIIe.  Les engageantes, possèdent une cascade de tissus et de dentelles à motifs de paons relativement bien conservées.

La jupe bien que peu étudiée, est elle-même renforcer par du crin dans le bas avec des hauteurs égales au manteau de robe. Cependant, la jupe n’est pas en soie complète, mais possède une partie en toile simple au niveau de la taille. Sûrement par souci d’économie puisque cette petite partie n’est pas visible une fois portée.

Conclusion

Cette robe à la Française permet d’avoir un très bon exemple de ce qui était réalisé sur ce règne. Il permet également de mieux comprendre la technicité de ces fameuses robes, symbole d’une époque. Contrairement à ce que j’ai vu, en tant que relevé historique, ici point de pièces dos lacé. Je pense que cette robe à la Française devait être à la limite de la robe volante. Il est également étonnant de voir que les robes et pièces masculines (j’ai aussi étudié une robe de chambre homme et plusieurs justaucorps/habits/vestes) de cette époque sont plutôt dans un bon état et ont passé les siècles sans trop de problèmes. En effet, au-delà de l’usure naturelle d’un tissu, ceux tissés au XVIIIe sont relativement de très bonnes qualités dont les soies par rapport à celles du XIXe et début XXe qui vieillisse très mal.

Photo taille réelle

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Robe à la Française – Musée des Arts Décoratifs – Paris

Crédit photographique : Les Arts Décoratifs

Sisterhood of the World Bloggers Award !

Merci à Sewing Empire, un blog que j’ai connu récemment. J’aime beaucoup le principe de ces petites récompenses interblog. Elles permettent de connaître d’autres blogs parlant du même sujet.

Le principe ne déroge pas des autres récompenses, comme le « Very Inspiring Blogger », où il faut répondre à quelques petites questions et ensuite nominer d’autres blogs avec nos propres questions.

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  • Remercier le blogueur qui vous a nommé
  • Mettre le logo de la récompense
  • Répondre aux dix questions
  • Composer dix nouvelles questions
  • Nommer dix autres blogs

Les questions données et les réponses

MarieAntoinette

Depuis combien de temps bloguez-vous ? Je blogue depuis au moins 5 ans, si mes souvenirs sont exactes. Avant de venir ici avec Dentelles et Macramés, je tenais un blog de mode à tendance rétro (que j’ai fermé il y a trois ans environs)

Quels sont les sujets dont tu préfères parler, ici ? Difficile à dire. J’aime parler de beaucoup de choses. Mais je dirais que c’est surtout en matière d’histoire du costume. J’aime faire profiter les gens autour de moi de mes récentes connaissances acquises.

Avez-vous un livre ou un auteur préféré ? Je lis énormément alors il est difficile de dire quel serai mon livre préféré. Mais en auteur, Jean Teulé surement.

Quelles techniques de coutures aimeriez-vous apprendre ? Peu en couture, mais ce serait surtout en ennoblissement textile ! Je rêve d’apprendre la plumasserie :D

Quelles sont mes périodes préférés en couture ? Pour le moment, je n’ai pas encore tout exploré. J’adore le XIXe, mais n’en ayant pas encore réalisé, je dirai pour le moment les années 30.

Avez-vous un vêtement dans votre garde-robe que vous aimez vraiment ? Oui, ma lingerie années 30 justement ;)

Si un voyageur du temps, vous offrez la capacité de vous rendre n’importe où dans le temps, où iriez-vous ? La fin du XIXe à coup sûr ! Les cocottes, les expos universelles…. Le rêve !

Décrivez votre tissu idéal. Un crêpe beige très fluide. Pour de la coupe en biais, c’est tout simplement le rêve.

Lequel de vos objets en couture est-il le plus important ? Les aiguilles à tricoter pour faire les trous pour les œillets de corsets ;)

Êtes-vous plutôt dentelle ou ruché ? Dentelle bien entendu !

Les nommés

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Les questions

  • Quel est le film qui vous inspire le plus ? 
  • Si vous seriez une pièce de costume, que seriez-vous ? 
  • Une période qui vous correspond ? 
  • La dernière lecture qui vous a touché.
  • Qu’est ce qui vous a amené à la couture ? 
  • L’objet dont vous ne vous séparez jamais
  • La dernière expo vue
  • Si vous seriez un mouvement en peinture, que seriez-vous ? 

 

Jacques Doucet, robe vers 1900

Durant mon stage de fin d’année, j’ai eu le plaisir et surtout la chance de pouvoir étudier de très près plusieurs costumes allant du XVIIIe jusqu’aux années 30. Je profite de cette chance aujourd’hui pour pouvoir vous en parler plus en détail, et comprendre un peu plus ces robes si particulières.

Par respect pour le travail des restaurateurs et conservateurs du musée, je ne posterai pas les photos réalisées durant l’étude de ces costumes. Seules les photos mannequins présentes sur leur site seront montrées.

On commence aujourd’hui avec une robe de Jacques Doucet, daté 1900. Doucet, fait partie de mes créateurs préférés (avec Worth, Callot Sœur sur la Belle Epoque). J’aime particulièrement le raffinement de son travail.

Jacques Doucet, créateur de La Belle Epoque

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Jacques Doucet fait partie de ces grands créateurs de la fin du XIXe et du début XXe. Il a côtoyé Charles Frederick Worth, Jeanne Paquin ou encore Paul Poiret pour ne citer qu’eux. L’aventure commence pour Doucet par une chemiserie fondée en 1824 puis un rayon lingerie s’ouvre en 1839 lors de l’installation rue de la Paix (au départ, Boulevard St-Martin) puis en 1883, un rayon de confection pour dame. En 1900, l’époque de gloire de Doucet s’ouvre. La maison est alors sous la direction de Jacques Doucet, et travaille en collaboration avec différentes modistes. La maison prend alors l’ampleur d’une véritable maison de Haute-Couture. Le travail de Doucet est alors facilement reconnaissable par l’utilisation abondante de matière délicate, vaporeuse et de dentelle. Son style touche beaucoup de comédiennes de l’époque dont Réjane.

Robe, vers 1900

Fiche technique

Robe daté 1900, Doucet Conservé au Musée des Arts Décoratifs
Robe daté 1900, Doucet
Conservé au Musée des Arts Décoratifs

Créateur : Jacques Doucet, 21 rue de la Paix, Paris

Robe en deux parties, en mousseline de soie imprimée, Dentelle de Chantilly, ruban de satin, taffetas.

Griffé or sur le ruban de taille « Jacques Doucet

Mensuration : T.Taille 0.44cm

Analyse

Cette robe composée d’un corsage baleiné et d’un jupon de taffetas de couleurs dorés. Son corsage possède trois épaisseurs, la première (la plus près du corps) est en soie dorée et possède 9 baleines dont trois aux dos. Ces baleines sont glissées dans des couloirs eux même fixées sur les coutures ouvertes et fixés en haut et en bas. Le corsage s’ouvre sur le devant à l’aide d’agrafe glissé dans une parementure. Les manches de longueurs trois quarts sont également doublés avec une décoration en bas de manches. Les dentelles est fixé machine en incrustation. Un petit coussinet est fixé sur la baleine milieu dos, utilité inconnue. Le corsage possède une ceinture de taffetas olive est fixé dans le dos.

Détail des manches et de leurs décorations
Détail des manches et de leurs décorations
Détail du corsage
Détail du corsage

La jupe est construite avec plusieurs panneaux (nombre inconnu) et est également en trois textiles (mousseline de soie, tulle fin, et doublure de taffetas doré). Elle possède sur tout le tour de taille des plis plats regardant vers le milieu devant à l’exception de deux plis creux de part et d’autre du dos. Ces plis de 1cm sont reportés également sur la doublure, comme la mousseline et marqués jusqu’aux premiers volants de mousseline et dentelles. Ces trois épaisseurs sont fixées ensemble à la taille par une ceinture haute de 3cm et rabattues sur l’envers au point de côté. L’ouverture est milieu dos sur une longueur de 15cm avec des agrafes métal posés au point de feston. Le bas de la jupe de mousseline est décoré de petits ruchés fixé à la machine sur toute la largueur.

La sous-jupe de taffetas dorés possède des volants d’environs 20cm de haut, comportant des plis permanents décorés d’une ganse et ourlet d’un centimètre.

Conclusion

La qualité des textiles employés montre le goût de Jacques Doucet pour les matières délicates et également le côté historiciste par l’imprimé employé ici d’inspiration XVIIIe aux paniers fleuris. On note aussi la technique de montage de cette pièce qui emprunte aux techniques de lingerie (deuxième rayon ouvert chez Doucet après la chemiserie).

Richement orné de dentelles, sont incrustation reste très délicate et à peu souffert du temps. À l’inverse de la doublure de taffetas doré qui a cuit et commence à disparaître de façon irréversible. En effet, la doublure des manches est fortement entamée aux niveaux des emmanchures.

Photo taille réelle

Robe daté 1900, Doucet Conservé au Musée des Arts Décoratifs
Robe daté 1900, Doucet
Conservé au Musée des Arts Décoratifs

 

 

Crédit photographique : Les Arts Décoratifs